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Conseiller spécial, Ottawa
Tout au long des années 1990 et au début des années 2000, la croissance économique au Canada s’est répartie de manière équilibrée entre plusieurs secteurs, renforçant ainsi sa position d’économie stable, soutenue par des banques solides et des politiques monétaire et budgétaire rigoureuses. Toutefois, au cours des vingt dernières années, alors que les taux d’intérêt baissaient et que l’offre de logements pour une population croissante diminuait, l’exposition de l’économie au secteur immobilier a fortement augmenté. Selon un rapport de la Société canadienne d’hypothèques et de logement, le pays affiche le niveau d’endettement des ménages le plus élevé du G7, avec plus de 1,70 $ de dette pour chaque dollar de revenu disponible.
Pour discuter des liens entre le niveau élevé d’endettement des ménages canadiens et l’économie dans son ensemble, notamment les niveaux de productivité, les investissements des entreprises, les inégalités, la croissance et la résilience économique à long terme, Stephen Poloz, conseiller spécial chez Osler et ancien gouverneur de la Banque du Canada, a récemment participé à un épisode du balado L’économie canadienne expliquée du Laboratoire des données sur les entreprises, animé par Marwa Abdou.
Près de la moitié de la richesse des ménages canadiens est immobilisée dans des biens immobiliers, ce qui réduit les fonds disponibles pour d’autres secteurs de l’économie, en partie en raison d’une préférence historique pour l’accession à la propriété.
« Cela signifie donc que le système financier canalise une grande partie de ses ressources directement vers le logement, plutôt que vers les dépenses d’investissement, qui comportent un élément de croissance », explique Stephen.
« Vous achetez une maison, l’économie ne croît pas. Mais si cet argent est investi dans de nouvelles machines, de nouveaux équipements ou dans la propriété intellectuelle, on construit alors une base plus solide pour la croissance future de l’économie. »
Le coût élevé du logement est un facteur qui nuit à la croissance, mais Stephen suggère que l’environnement global des investissements du pays – touché par des changements politiques tels que le renforcement des normes d’évaluation environnementale et les efforts de réconciliation avec les Autochtones, ainsi que par des changements géopolitiques comme la fin de l’ALENA et la négociation de l’ACEUM – est un facteur bien plus important.
Ces facteurs, dit-il, « ont créé un environnement d’investissement extrêmement imprévisible pour les gens ».
Pour l’avenir, Stephen déclare : « Je pense que le moyen le plus rapide pour nous de nous protéger, ou de renforcer notre résilience, est de consolider notre plateforme de croissance et de mettre rapidement et dès que possible les entreprises sur la voie de cette quatrième révolution industrielle. Et pour faciliter cela, il faut investir dans ces filets de sécurité […] qui permettent aux gens de faire la transition vers une nouvelle carrière. »
Alors que les progrès de l’intelligence artificielle et d’autres technologies alimentent cette prochaine révolution industrielle, Stephen souligne l’importance de veiller à ce que ces changements ne laissent personne de côté, ce qui réduira la polarisation politique et la volatilité.
« Je crois que ce sont les inégalités qui sont le moteur de tout cela, et que ce problème est en quelque sorte laissé de côté. […] Les gouvernements doivent comprendre que ce que l’on voit n’est pas le pire scénario possible; la quatrième révolution industrielle élargira encore davantage cette trajectoire en forme de K pour l’économie, et nous donnera probablement un paysage politique encore plus polarisé, rendant encore plus difficile pour nous de prendre des décisions et de modifier nos politiques de sorte qu’elles soient davantage centrées sur la personne. »
Et bien que l’endettement élevé des ménages accroisse notre vulnérabilité face aux hausses de taux d’intérêt et à d’autres chocs, Stephen affirme qu’il existe des outils, tels que le test de résistance hypothécaire – qui garantit que les emprunteurs peuvent faire face à l’augmentation des mensualités liée à la hausse des taux d’intérêt – ainsi que d’autres leviers permettant de réduire les risques.
« Nous disposons d’un système complet conçu pour renforcer notre stabilité financière, mettre en place des garde-fous et nous empêcher de devenir trop fragiles. »
Vous pouvez écouter l’intégralité de cet épisode de balado sur le site Web du Laboratoire des données sur les entreprises ou sur votre plateforme de balados habituelle.
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